
Durant la campagne électorale, les moyens de l’État sont utilisés comme instruments de pression politique
Au cours des cinq derniers jours seulement de la campagne électorale de 29 jours actuellement en cours en Arménie, trois événements particulièrement préoccupants ont été enregistrés :
– le 20 mai, la police a saisi le véhicule de campagne de l’Alliance Nationale-Démocratique (Bever) ;
– du 18 au 21 mai, l’activiste originaire de l’Artsakh Arthur Ossipian a été placé en détention provisoire pour avoir posé des questions à l’un des candidats au poste de Premier ministre pendant la campagne électorale et exprimé son désaccord politique ;
– du 20 au 22 mai, Nikol Pachinyan, depuis une tribune de campagne et avant même l’ouverture de toute procédure judiciaire, a publiquement annoncé des accusations d’espionnage visant Andranik Tevanian, numéro deux de la liste du parti « Arménie prospère », ce qui a été immédiatement suivi d’interventions du Service de sécurité nationale et d’une saisine de la Commission électorale centrale par le Procureur général.
Trois cibles différentes. Cinq jours. Une même tendance préoccupante.
L’appareil d’État est de plus en plus utilisé non pour garantir la primauté du droit, mais comme un instrument de pression politique destiné à réduire les opposants au silence.
Concernant la saisie du véhicule de campagne
La saisie de moyens de la campagne électorale au cours d’une campagne protégée par la Constitution constitue une ingérence politique et non une action légitime des forces de l’ordre.
L’article 8, paragraphe 2, de la Constitution de la République d’Arménie garantit aux forces politiques des conditions juridiques égales d’exercice de leurs activités, tandis que l’article 78 exige que toute restriction aux droits fondamentaux soit nécessaire, proportionnée et conforme au droit.
L’Alliance Nationale-Démocratique (Bever) a déjà déposé une plainte officielle auprès du ministère de l’Intérieur de la République d’Arménie et transmet les documents correspondants au Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE (OSCE/BIDDH), au Conseil de l’Europe ainsi qu’à la Commission de Venise.
Concernant Arthur Ossipian
Arthur Ossipian fait partie des plus de 100 000 Arméniens déplacés de force de l’Artsakh en septembre 2023.
Le placer en détention pour avoir soulevé une question politique au cours de la campagne électorale et interrogé une personnalité exerçant une fonction publique constitue une violation grave de la liberté d’expression, de la participation politique et des droits garantis par la Constitution. Il s’agit d’un cas manifeste de persécution politique.
Le Conseil de l’Alliance Nationale-Démocratique exige la libération immédiate d’Arthur Ossipian.
Concernant les accusations portées contre Andranik Tevanian
L’Alliance Nationale-Démocratique ne partage ni l’orientation géopolitique ni les positions politiques du parti « Arménie prospère ». Toutefois, la question ne relève ni de la sympathie ni de l’antipathie politiques.
Le problème réside dans le fait que le Premier ministre, alors qu’il se trouvait officiellement en congé, a publiquement annoncé des accusations pénales contre un candidat de l’opposition, lesquelles ont conduit à son arrestation avant même le début de toute procédure judiciaire.
Tout électeur, défenseur des droits humains ou observateur international est pleinement en droit de se demander si les procédures engagées par les autorités judiciaires et les forces de l’ordre servent réellement la justice ou si elles sont devenues un instrument d’opportunité politique.
Appel aux organisations internationales
Le Conseil de l’Alliance Nationale-Démocratique appelle le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE (OSCE/BIDDH), le Conseil de l’Europe et la Commission de Venise à considérer les événements survenus entre le 18 et le 22 mai 2026 comme les manifestations documentées d’une tendance dangereuse en voie d’aggravation et à y apporter une réponse appropriée.
La présence des institutions internationales en Arménie ne doit pas être purement formelle ou symbolique. Elle doit constituer une véritable garantie du respect des normes démocratiques et des libertés politiques.
Nous appelons ces institutions à utiliser l’ensemble des instruments dont elles disposent afin de constater, condamner et prévenir toute nouvelle atteinte aux droits humains, au pluralisme politique et au processus démocratique.
Position de l’Alliance Nationale-Démocratique
Le recours à la puissance de l’État contre les opposants politiques ne modifiera ni notre comportement ni notre message. Au contraire, il renforce notre conviction que notre combat est juste et nécessaire.
Nous poursuivrons notre lutte politique pour une Arménie souveraine, sûre et démocratique.
Foi. Patrie. Souveraineté.
Conseil de l’Alliance Nationale-Démocratique
Fait à Erevan,
Le 24 mai 2026